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Je me sens vieux (partie 2)

  • Photo du rédacteur: Azanga NKOMBO
    Azanga NKOMBO
  • 19 déc. 2022
  • 6 min de lecture


Mercredi, je le sentais mieux. J’avais rendez-vous avec Princesse Lancel à la Clef des châteaux. On a l’habitude de faire des afterworks… petite table haute, charcuterie et fromage, un petit Vranken Diamant ou un Hyvernière… On rigole bien. J’aime me poser avec Princesse Lancel, c’est bon pour mon CV. Tu deviens le spot de la soirée. Avec elle, même des gens qui ne te saluaient pas te saluent.


Bon, je vous explique.


Princesse Lancel est belle, elle n’est pas simplement belle, elle est beeeeeeelllllllllllllle comme disent les enfants ou plutôt « Tantine aza kitoko, aza lokola dessin animé ». Belle et surtout inaccessible. Elle est comme les élections législatives congolaises : beaucoup d’appelés mais peu d’élus ; 20.000 candidats pour 500 places. Dans son cas à elle, c’était 100.000 prétendants pour un cœur… le sien. D’ailleurs, je ne lui en connaissais aucun… d’élu. C’est aussi la seule fille qui dit « shame » comme on dit « je t’aime ». Son « shame » est d’une douceur… mais d’une douceur que quand elle le dit, tu crois que c’est un compliment. J’ai vu des dragueurs du dimanche qui s’évanouissaient à coups de « shame ! Shame ! Shame ! ». C’est triste.


Bon, je m’égare.


Princesse Lancel est comme les élections législatives congolaises : beaucoup d’appelés mais peu d’élus

Ce soir-là, le DJ s’est lancé dans une séance karaoké. J’aurais dû me méfier.

Et pourtant ça avait bien commencer. On staffait à coups de vins, de charcuterie et de fromages. Princesse Lancel était en beauté. Juchée sur des escarpins à talons discrets, elle était habillée d’une robe dite « d’été » dont le blanc était parsemé de fleurs rouges. Ses tresses cascadaient sur ses épaules nues et elle rayonnait d’un sourire qui appelait au désir, au plaisir et à l’amour. Et son rire, et son RIRE, d’une musicalité qui m’étonnait toujours, se mariait au son des platines du DJ. Les regards se tournaient régulièrement vers notre table et mon orgueil gonflait au rythme des coups d’œil envieux. Les jaloux vont maigrir. La population autour de notre table haute augmentait, à chacun de ses éclats de rire, comme pendant un match Renaissance – Daring Club Motema Pembe. Tala bato…. Des chiens en ch…

J’aurais dû me méfier.


« I found a love, for me / Darling, just dive right in and follow my lead / Well, I found a girl, beautiful and sweet / Oh, I never knew you were the someone waiting for me ». La voix était grave, profonde et sensuelle. Les conversations se sont arrêtées dès les premières paroles et je voyais Princesse Lancel qui regardait derrière moi comme hypnotisée.


Je me suis retourné.


Le gars. Quel gars ! Une beauté à vous mettre au chômage.

Il m’a mis en PLS et mon cerveau s’est mis à rapper comme Fresh La Peufra : « Le plan est gâté, j’suis en full ksaara, même en perte » et il s’est énervé comme Booba : « Bordel, quand on rentre sur la piste / On est venu teaser, claquer du bif’ / Pas d’embrouille man, pas de litige / Sinon ça va saigner, est-ce que tu piges ? »

Et le gars chantait tout en avançant vers notre table. Il m’énervait et j’avais envie de lui dire : « Dead men tell no lies ».


Medi Nafy Tshite, elle parle avec le Saint-Esprit tous les jours et toi tes conversations tournent autour de Ngwasuma et du Key Lounge, de la dernière Prado ou de comment tu connais quelqu’un qui va te brancher à un tel pour fournir des rames de papier au ministère X.

Et ce c…, toujours en avançant, il a enchaîné avec une chanson de Dadju : « Assez parlé, au bout d’un moment y ‘a plus les mots / Ca y est, j’ai délaissé mon cœur dans ta paume / J’te laisserai pas t’en aller, c’est mort / J’ai mis du temps à te trouver mi amor ». et là, le franc m’est tombé. C’était son roi et subitement, je devenais pour la deuxième fois de la semaine un chandelier.

Ce n’était plus Princesse Lancel mais Reine Lancel.


Vendredi, je me sentais beaucoup mieux et j’étais beaucoup plus confiant.

J’avais rendez-vous avec Medi Nafy Tshite. Je la savais célibataire depuis un moment. Quand tu vois ses ex, tu comprends que, contrairement à ce que dit Descartes, le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée au monde. C’est plutôt la bêtise. Qui est assez con pour laisser tomber un trésor ?


Bref Medi Nafy Tshite, elle est super sexy. Quand tu la vois, tu sais tout de suite que les gars font la file d'attente pour la draguer. Michko le littéraire a tenté l’affaire, il a eu droit au spécial regard Nafy. Ce n’était pas une soufflante, pas un vent mais un blizzard. Elle a un regard à te transformer en statue de glace. Elle doit avoir une copine qui s’appelle Méduse. Et puis, je ne comprends vraiment pas les gars… la fille elle parle avec le Saint-Esprit tous les jours et toi tes conversations tournent autour de Ngwasuma et du Key Lounge, de la dernière Prado ou de comment tu connais quelqu’un qui va te brancher à un tel pour fournir des rames de papier au ministère X. Les gars sont tellement plein d’eux qu’ils ne sont jamais dans la rencontre de l’autre : des égoïstes !


Bien sûr le gars était un très très spirituel comme seule Kinshasa sait en produire. Vous savez les types que vous saluez et qui vous répondent « grâce sur grâce ». On dirait des équations divines

Donc nous prenions un verre tranquille à la Terrasse. C’était jour de karaoke mais il n’y avait pas foule. On arrivait à se parler et surtout à s’entendre sans problème. La musique était en mode lounge. Les gens chantaient du Tshala Muana, du Fally, du Dadju et pour les plus audacieux du Koffi. On était tranquille et voilà qu’un gars vient faire une bise à Nafy. Quand j’ai vu le sourire de ma copine, j’ai compris que ça recommençait. En plus, elle me présente le type en disant : « c’est Frère… ». C’est foutu, il devait prier en langues ensemble ! Donc j’étais encore de perdre une amie avec qui je pouvais staffer et frimer.


Bien sûr le gars était un très très spirituel comme seule Kinshasa sait en produire. Vous savez les types que vous saluez et qui vous répondent « grâce sur grâce ». On dirait des équations divines. Le Frère draguait à coups de « Celui qui trouve une femme trouve le bonheur; c'est une grâce qu'il obtient de l'Eternel. » (Proverbes 18,22) ou mieux « Tes lèvres sont comme un fil cramoisi, et ta bouche est charmante; ta joue est comme une moitié de grenade, derrière ton voile » (Cantique des cantiques 4, 3). Un très très spirituel.


Non là, c’était trop. J'en avais marre. Je n’allais pas me laisser faire.


Ils étaient déjà entrain de parler de l’éducation de leur descendance avec pour débat : taper ou ne pas taper les enfants. J’ai décidé de placer un verset pour montrer aussi ma connaissance de la Parole de Dieu : « N'épargne pas la correction à l'enfant; si tu le frappes de la verge, il ne mourra point » (Proverbes 23,13). Je jubilais déjà, je l’avais coincé !

Le gars m’a mis un contre verset. Je vous dis UN CONTRE VERSET !!! Sur la vie de ma mère. Paix à son âme, elle nous a déjà quittés. Mais sur la vie de ma mère.

Il m’a répondu de sa petite voix suave que je détestais déjà :"Le Seigneur a aussi dit et je cite : « Pères, n'irritez pas vos enfants, de peur qu'ils ne se découragent. »» (Colossiens 3,21). Et Pan ! Dans les dents !!!! Je venais de prendre un kaméhaméha en pleine tête !


Je n’avais cependant pas dit mon dernier mot. J’ai changé brusquement la conversation pour aller vers un sujet que je croyais maitriser : la dîme. Je riais déjà, il allait sentir mon hadoken, j’allais le coiffer au poteau devant sa bien aimée qui le regardait comme un pot de miel. Alors, j’ai enchaîné doctement, professoralement, avec conviction et l’idée de convaincre : « je ne comprends pas pourquoi les chrétiens définissent la dîme comme un impôt alors que c’est une offrande volontaire au Seigneur ».


J’aurai du me taire.


Le frère là m’a fait un combo philosophoéconomicobiblique, il m’a mis KO. Il m'a répondu très fièrement : « Le principe de l’impôt ne prévaut pas que pour les sociétés collectivement organisées. Il détermine le fonctionnement, voire la survie, pour des infra-groupes. La dîme, comme l’impôt ou la cotisation due à une association, est un prélèvement obligatoire qui procède aussi bien de la reconnaissance de l’émetteur comme autorité dans sa zone de compétence que de la solidarité du groupe et de la détermination de chaque membre à participer financièrement au fonctionnement de la collectivité. C’est aussi l’expression d’une soumission volontaire aux ordres de l’Eternel. La lecture combinée du Livre des Proverbes au chapitre 3 au verset 9 et du deuxième Livre des Corinthiens au chapitre 9 au verset 7 en est la parfaite illustration ».

Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeh

Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeh

Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeh

Le type m’a mis au chômage.


Pardon, j’arrête. Qu’elles se marient toutes, j’irai prendre mes verres seul.


De toute façon à la fin, comme dit mon ami Ben, l’essentiel c’est Jacqueline…. dans mon cas l'essentiel c’est Ohatsho. Finalement, vieillir c'est bien... mais à deux.


Azanga Nkombo,

Votre retraité serviteur

 
 
 

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